Quand j’étais au collège, j’ai eu mon premier téléphone, un Nokia à clapet avec des touches. Les premiers numéros que j’avais entré dans mon répertoire étaient ceux de mes parents et de ma grand-mère, je les appelais souvent, ils étaient mes seuls interlocuteurs. Ça a même donné envie à ma grand-mère de s’en acheter un.

Ma grand-mère, elle habite loin, je ne la vois que pendant les vacances. J’ai souvent de ses nouvelles, mais ce n’est pas moi qui les prends. Je l’adore ma grand-mère, j’aime parler avec elle, j’ai déjà eu des discussions clés avec elle pendant mon adolescence. Mais quand je dois entamer la démarche de l’appeler, je repousse, je repousse, et je ne le fais pas. Pourtant ce ne sont que 5 minutes, ou peut-peut-être 10, pour prendre de ses nouvelles et la faire sourire.

Toute la journée j’ai mon smartphone greffé à ma main, je consulte tous les réseaux sociaux, j’en ferme un et j’en rallume un. Je télécharge de nouvelles applications, je m’abonne à plein de nouveaux contenus, pour m’occuper et avoir toujours plus de choses à consulter. J’ai peur de l’ennui.

Je vais sur Instagram pour poster une photo des hortensias que j’ai cueillis ce matin et mis en vase, j’ouvre Twitter pour raconter que j’ai failli me brûler avec mon cappuccino ce matin. Je vais sur Snapchat pour faire des selfies avec mes nouvelles lunettes, je vais sur Youtube pour apprendre à me maquiller pour le bal de fin d’année et je vais sur Facebook pour avoir des nouvelles de mes amis partis étudier à Paris.

Je cherche toujours plus de réseaux pour montrer des choses dont la plupart des gens se moquent. Alors que ma grand-mère adorerait savoir où je suis partie en vacances, elle me demande toujours des photos de moi, que je ne lui envoie jamais, elle aurait adoré m’apprendre à me maquiller…

J’ai entre mes mains cet objet qui à pour première fonction d’appeler les autres et je n’en fais rien.

 Quand je pars de chez ma grand-mère elle me fait toujours une petite remarque : « Tu sais tu peux m’appeler ou m’écrire ça me ferait plaisir », elle y met toujours un peu d’humour, mais je sais qu’elle l’aimerait vraiment. Depuis le collège c’est comme ça.

Aujourd’hui j’ai 22 ans, et je donnerais tout pour entendre sa voix.

Marie Lepelletier